Rentrée scolaire : quand le stress s’installe, chez l’enfant comme chez le parent
Par : Doria Marando
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Rentrée scolaire : quand le stress s’installe, chez l’enfant comme chez le parent
La rentrée s’est bien passée. C’est deux semaines après que les choses se compliquent. Le mal de ventre du dimanche soir, l’endormissement qui traîne, l’irritabilité au retour de l’école, et cette phrase qui revient : « je ne veux pas y aller ». Ce décalage n’a rien d’anormal — il a même une logique. Cet article vous aide à reconnaître ce qui relève de l’adaptation, à repérer ce qui doit vous conduire chez le médecin, et à savoir ce que l’hypnose peut réellement apporter. À votre enfant, et à vous.
Deux semaines après la rentrée, le décor change
Début septembre, tout tient debout. Les cartables sont neufs, les cahiers sont propres, l’enfant raconte sa nouvelle maîtresse et le copain retrouvé dans la cour. La nouveauté porte. Elle occupe l’esprit, elle mobilise l’énergie, elle masque la fatigue.
Puis la nouveauté s’épuise. La routine s’installe, et avec elle tout ce que l’excitation des premiers jours tenait à distance : le réveil qui sonne trop tôt, les journées longues, le bruit de la cantine, les devoirs du soir, la place à trouver dans le groupe. C’est à ce moment-là, généralement entre le dixième et le vingtième jour de classe, que le corps commence à parler.
Ce que le corps dit avant les mots

Un enfant a rarement les mots pour dire « je suis sous tension depuis trois semaines et je n’arrive pas à me détendre ». Il le dit autrement. Voici les six manifestations que les parents me rapportent le plus souvent à cette période de l’année.
- Le mal de ventre du dimanche soir. Il apparaît entre le goûter et le coucher, il disparaît le lendemain une fois l’enfant déposé à l’école. Ce n’est pas de la comédie : la douleur est réelle, l’intestin réagit vraiment à l’anticipation.
- L’endormissement qui n’en finit pas. L’enfant se relève, réclame de l’eau, pose une question, puis une autre. Le coucher s’étire d’une demi-heure, parfois plus.
- Des réveils nocturnes, sans cauchemar. Il se réveille, il vient vous voir, il ne sait pas dire pourquoi.
- L’irritabilité au retour de l’école. Il tient toute la journée, et il craque en franchissant la porte. C’est même plutôt bon signe : la maison est l’endroit où il s’autorise à lâcher.
- Le « je ne veux pas y aller ». D’abord lancé en passant, puis répété, puis accompagné de larmes.
- Les devoirs qui tournent aux larmes. Un exercice simple devient une montagne, la gomme troue la page, et la soirée est fichue.
Un ou deux de ces signaux, pendant quelques jours, c’est l’adaptation. Elle se fait toute seule et elle ne demande rien d’autre qu’un peu de patience. Plusieurs signaux qui s’installent au-delà de trois semaines, en revanche, sont un message qu’il vaut mieux entendre tôt.
Pourquoi maintenant, et pas le 1er septembre
Parce que l’anticipation coûte plus cher que l’événement. Un enfant qui appréhende l’école ne souffre pas tant à l’école qu’avant d’y aller. Le dimanche soir, le matin dans la voiture, le dimanche des vacances qui se termine : ce sont les moments de bascule qui concentrent la tension.
Et parce qu’un enfant tient, longtemps, avant de montrer qu’il ne tient plus. Beaucoup de parents me disent la même chose : « la maîtresse nous dit que tout va bien, il participe, il a des copains ». C’est souvent vrai. Le coût de cet effort ne se voit qu’à la maison, le soir.
Ce qui se joue dans la tête d’un enfant qui résiste
Derrière un « je ne veux pas y aller », il n’y a presque jamais une seule raison. Mais trois mécanismes reviennent, et les reconnaître aide à savoir quoi dire.
La séparation, encore et toujours
Se séparer le matin est un apprentissage qui ne se règle pas une fois pour toutes. Il se rejoue à chaque changement : une nouvelle classe, un déménagement, l’arrivée d’un petit frère, une séparation des parents, une maladie à la maison. Un enfant qui a très bien vécu l’école l’an dernier peut buter cette année, sans que rien n’ait « raté ».
La question à se poser n’est pas « pourquoi il régresse » mais « qu’est-ce qui a changé, à l’école ou ailleurs, ces derniers mois ». L’ailleurs compte au moins autant que l’école.
Le regard des autres
À partir de 8 ou 9 ans, la question du groupe devient centrale. Être choisi, ou pas, pour l’équipe. Avoir de quoi raconter le lundi. Ne pas être celui dont on rit. Un enfant peut redouter l’école sans redouter le travail scolaire : ce qu’il redoute, c’est la récréation.
C’est une piste à explorer avec douceur, et sans interrogatoire. Une question ouverte posée dans la voiture, le regard sur la route, obtient souvent plus qu’un face-à-face à table.
La peur de ne pas y arriver
Elle concerne les enfants en difficulté, mais aussi — et c’est plus déroutant — de très bons élèves. La crainte de décevoir, l’évaluation qui approche, l’exposé à présenter devant la classe. Chez l’adolescent, elle prend souvent la forme d’un renoncement : « de toute façon, je suis nul », qui est une façon d’avoir moins mal en abandonnant avant de rater.
Stress passager ou refus scolaire anxieux ?

C’est la question qui inquiète le plus les parents, et elle mérite une réponse précise plutôt qu’une réassurance vague.
Ce que dit la recherche
Le refus scolaire anxieux est un trouble reconnu, distinct de l’absentéisme ou de l’école buissonnière. L’Inserm le définit comme la situation d’un élève qui, en l’absence de conduite antisociale, présente une vive détresse émotionnelle face à l’école et l’évite, malgré les efforts de ses parents pour l’y ramener. Il concernerait entre 1 et 2 % des élèves, de la maternelle au lycée, une proportion probablement sous-estimée en France faute d’indicateur précis.
Un à deux pour cent, c’est en moyenne un enfant dans une classe de trente sur deux classes. Ce n’est ni anecdotique, ni la norme. La plupart des enfants qui traînent des pieds en septembre ne relèvent pas de ce diagnostic — et c’est justement pour cela qu’il faut savoir où passe la frontière.
Les signes qui doivent conduire chez le médecin
Ce qui passe : l’angoisse retombe une fois l’enfant sur place ; quelques soirs sont difficiles, pas tous ; il arrive à mettre des mots dessus ; le week-end est léger.
Ce qui s’installe : il refuse d’entrer dans l’école, parfois physiquement ; la situation dure depuis plus de trois semaines sans amélioration ; les symptômes physiques du matin — maux de ventre, nausées, maux de tête — s’évanouissent le samedi ; il s’isole, abandonne ses activités, ne veut plus voir ses copains.
Si vous vous reconnaissez dans le second tableau, parlez-en d’abord à votre médecin traitant ou au médecin scolaire. Un bilan permet d’écarter une cause somatique, d’évaluer l’intensité du trouble et d’organiser une prise en charge, qui associe souvent l’école, la famille et un professionnel de santé mentale. L’hypnose peut accompagner ce parcours ; elle ne le remplace pas, et personne de sérieux ne vous dira le contraire.
Ce que vous pouvez faire dès ce soir
Avant toute consultation, il y a ce que vous pouvez mettre en place vous-même. Ce n’est pas un pis-aller : dans la majorité des cas, c’est suffisant.
Accueillir, sans amplifier
Deux réflexes se valent et se ratent : minimiser (« mais non, tu n’as pas mal au ventre ») et sur-réagir (« encore ? qu’est-ce qui se passe ? tu me caches quelque chose ? »). Le premier apprend à l’enfant que son ressenti n’est pas recevable. Le second lui confirme qu’il y a de quoi s’inquiéter.
L’entre-deux tient en une phrase : « je te crois, ça arrive, et ça va passer ». Vous validez la sensation, vous la banalisez sans la nier, et vous tenez la position de l’adulte qui ne panique pas.
La bulle du dimanche soir

C’est l’exercice que je donne le plus souvent aux familles, parce qu’il prend cinq minutes et qu’il met le parent et l’enfant du même côté.
- On respire. Assis côte à côte, trois respirations lentes : inspirer sur quatre temps, souffler sur six. Vous commencez, il suivra — le rythme se contamine sans qu’on ait besoin de l’expliquer.
- « Décris-moi ta bulle. » Une couleur, une taille, une matière. C’est lui qui choisit, entièrement. Vous ne corrigez rien, même si la bulle est verte à pois et grande comme la maison.
- On la remplit. Une personne, un objet, un endroit aimé. Trois choses suffisent. Il les nomme à voix haute.
- On la range. Sous l’oreiller. « Demain matin, elle sera encore là. »
Le lendemain, un mot suffit à la rappeler : « tu l’emportes avec toi ». Refait chaque dimanche, ce rituel devient un repère — et les repères sont exactement ce qui manque à un enfant sous tension.
Soyons clairs sur ce que fait cet exercice : il abaisse la tension d’un moment précis. Il ne dénoue pas une peur installée depuis des mois. Si la situation ne bouge pas, il faut autre chose.
Le matin : trois minutes qui changent la journée
Le matin se joue en amont. Préparez le cartable et les vêtements la veille — chaque décision en moins est une source de friction en moins. Levez votre enfant dix minutes plus tôt plutôt que de courir : la précipitation du parent se transmet intégralement.
Et soignez la séparation elle-même. Un rituel court, identique chaque jour, qui se termine franchement : un mot, un geste, et vous partez. Les au revoir qui s’éternisent prolongent l’angoisse au lieu de l’apaiser, parce qu’ils disent à l’enfant que le moment est assez grave pour qu’on ait du mal à s’en aller.
Ce qu’il vaut mieux éviter
- Le marchandage. « Si tu y vas sans pleurer, tu auras… » transforme l’école en épreuve à surmonter contre récompense.
- La journée à la maison « pour souffler ». C’est tentant, et c’est le mécanisme qui installe le refus scolaire : chaque évitement soulage sur le moment et rend le retour plus difficile.
- Les questions en rafale au dîner. Un enfant se confie en faisant autre chose, pas en interrogatoire.
- Les écrans le soir pour l’apaiser. Ils occupent l’esprit, ils ne détendent pas le corps, et ils retardent l’endormissement — déjà fragile.
Et si le plus tendu, c’était vous ?
La charge mentale de septembre
On parle beaucoup du stress des enfants à la rentrée. Beaucoup moins de celui des parents. Pourtant, en septembre, vous portez trois listes de fournitures, deux réunions un mardi à dix-huit heures, des dossiers d’inscription à rendre « avant vendredi », la cantine, le périscolaire, les activités du mercredi, les mots dans le carnet signés en retard. Et par-dessus, la question qui tourne en boucle : est-ce que ça va aller, pour lui ?
Cette charge-là ne se voit pas. Elle ne se raconte pas au dîner. Elle fatigue quand même, et elle dure jusqu’aux vacances.
Votre calme est contagieux — et ce n’est pas une culpabilité de plus
Un enfant lit l’état de son parent avant d’écouter ses mots. Un « tout va bien se passer » dit d’une voix tendue, en regardant sa montre, ne rassure personne. Cela ne signifie pas que votre anxiété est responsable de celle de votre enfant — cette idée culpabilise beaucoup de parents et n’aide personne. Cela signifie simplement que travailler sur votre propre tension est l’un des leviers les plus directs dont vous disposez.
Dans ma pratique, je reçois beaucoup de parents qui prennent rendez-vous pour leur enfant. Nettement moins qui osent en prendre un pour eux. C’est pourtant parfaitement légitime, et c’est parfois le rendez-vous le plus utile des deux.
Ce que l’hypnose peut apporter, et ce qu’elle ne peut pas
Ce qu’elle n’est pas
Ni sommeil, ni perte de contrôle, ni spectacle. Un enfant en séance d’hypnose reste éveillé : il entend tout, il peut parler, bouger, poser une question, demander à s’arrêter. Il s’agit d’un état d’attention particulier, proche de ce qu’il connaît déjà quand il est absorbé par un jeu ou par un livre au point de ne plus entendre qu’on l’appelle.
L’hypnose n’est pas non plus un traitement médical. Elle ne pose pas de diagnostic, ne remplace aucun suivi, et ne garantit aucun résultat. Toute promesse de guérison, en ce domaine, doit vous faire fuir.
Ce qu’on travaille concrètement
Avec les enfants, le travail passe naturellement par l’imaginaire : une histoire, un personnage, un endroit inventé, une couleur. Ils y entrent souvent plus facilement que les adultes, parce qu’ils ne passent pas leur temps à se demander si ça va marcher.
Ce qui se travaille, à cette période de l’année : l’endormissement et les nuits hachées ; la peur de la séparation du matin ; la confiance avant une évaluation ou un exposé ; la gestion des émotions qui débordent ; et, chez l’adolescent, l’estime de soi.
Le déroulé d’une séance

Je reçois les enfants à partir de 9 ans. Ce n’est pas une limite arbitraire : autour de cet âge, un enfant sait raconter ce qu’il ressent, se représenter une situation et faire le lien entre ce qui se passe dans sa tête et ce qui se passe dans son corps. Ce sont exactement les appuis dont l’hypnose a besoin. Avant, d’autres approches lui conviennent mieux, et je préfère orienter plutôt que de recevoir sans être utile.
La première consultation dure 1 h 15, et une bonne partie est consacrée à l’échange : ce qui vous amène, depuis quand, ce que vous avez déjà essayé, ce que votre enfant aime, ce qui le fait rire. Je parle avec lui, pas seulement de lui.
Vous êtes présent, et vous restez autant que votre enfant le souhaite. Certains veulent leur parent à côté tout du long, d’autres préfèrent un moment seuls. C’est lui qui décide, et cette décision fait déjà partie du travail.
Chaque séance se termine par un outil simple, à réutiliser seul : une respiration, un geste, une image. C’est ce qui fait la différence entre une séance agréable et un changement qui tient.
Combien de séances
Il n’y a pas de réponse unique, et méfiez-vous de qui vous en donnerait une avant de vous avoir rencontrés. Pour un motif ciblé — une peur précise, un endormissement difficile — trois à cinq séances suffisent souvent. Une situation plus ancienne demande davantage de temps.
Ce que je m’engage à faire : vous dire au bout de deux ou trois séances si je vois du mouvement, et vous le dire aussi si je n’en vois pas. Dans ce cas, je vous oriente vers un autre professionnel.
Et l’EMDR, dans quels cas ?
Je suis également praticienne EMDR. Cette approche s’adresse aux situations où un événement précis reste douloureux et continue de produire ses effets : un accident, une chute, une hospitalisation, du harcèlement, un deuil, une scène qui revient en boucle. Elle fonctionne avec les enfants, avec un rythme adapté et des séances de 1 h 30.
Hypnose ou EMDR : ce choix se fait ensemble, après le premier échange, en fonction de ce que votre enfant traverse. Ce n’est pas au parent de trancher avant de venir.
Questions fréquentes
À partir de quel âge peut-on consulter ?
Je reçois les enfants à partir de 9 ans, les adolescents et les adultes. Avant 9 ans, un enfant dit les choses autrement — par le jeu, le dessin, le sommeil, le ventre — et d’autres approches lui conviennent mieux.
Mon enfant est-il « réceptif » à l’hypnose ?
Les enfants le sont généralement davantage que les adultes : leur imaginaire est disponible et immédiat. La vraie question n’est pas la réceptivité, c’est l’envie.
Et s’il ne veut pas venir ?
On n’accompagne pas quelqu’un contre son gré, et c’est encore plus vrai à l’adolescence. Si votre enfant refuse, venez d’abord seul : il y a beaucoup à travailler du côté du parent, et il arrive qu’un adolescent accepte ensuite, une fois que la pression est retombée.
Faut-il lui dire où on va ?
Oui, et sans mystère. Dites-lui qu’il va rencontrer quelqu’un avec qui on parle et on imagine des choses, pour l’aider avec ce qui l’embête. Une visite préparée se passe toujours mieux qu’une visite subie.
Est-ce que je peux rester avec lui ?
Oui. Votre présence est la règle par défaut, et elle s’ajuste ensuite selon ce que votre enfant préfère.
Est-ce remboursé ?
Les séances ne sont pas prises en charge par l’Assurance maladie. Certaines mutuelles participent aux médecines complémentaires : renseignez-vous auprès de la vôtre, une facture vous est remise sur demande.
Est-ce que ça marche à tous les coups ?
Non. Aucun accompagnement sérieux ne peut promettre un résultat, et je ne le ferai pas. Ce que je peux vous dire, c’est ce que nous allons tenter, dans quel délai, et à quoi nous verrons que ça avance.
En résumé
Un enfant qui traîne des pieds à la mi-septembre n’a, la plupart du temps, besoin que de temps, de repères et d’un parent qui ne s’affole pas. Quelques soirs difficiles ne font pas un trouble.
Mais quand la situation dure au-delà de trois semaines, quand le corps s’en mêle chaque matin et disparaît le samedi, quand votre enfant refuse d’entrer dans l’école — alors il ne s’agit plus d’attendre que ça passe. Parlez-en à votre médecin, et faites-vous accompagner.
Et si, en lisant ces lignes, c’est à votre propre fatigue que vous avez pensé : elle compte aussi.
Je reçois au cabinet à La Valentine, Marseille 12e, et à domicile jusqu’à 30 km. Les rendez-vous se prennent en ligne. Si vous hésitez sur le motif ou sur l’âge, écrivez-moi avant : on en parle, et vous déciderez ensuite.
Source citée : Inserm, « Phobie scolaire : effet de mode ou réalité profonde ? ». Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un avis médical.